CHAPITRE XXIV

C’était fini, mais la victoire laissait un goût amer dans la bouche de Garion. Quel homme aurait pu tuer un Dieu de gaieté de cœur, aussi pervers ou maléfique que fût ce Dieu ? Aussi Belgarion de Riva contemplait-il tristement le corps de son ennemi abattu tandis qu’un vent qui sentait l’aube approchante se levait sur les ruines de la Cité de la Nuit.

— Des regrets, Garion ? demanda doucement Belgarath en posant une main sur l’épaule de son petit-fils.

— Non, Grand-Père, soupira Garion. Je ne pense pas, enfin, pas vraiment. Il n’y avait pas moyen de faire autrement, n’est-ce pas ?

Belgarath hocha gravement la tête.

— C’est juste qu’il était si solitaire, à la fin. Je lui ai tout retiré avant de le tuer. Je n’en suis pas très fier.

— Comme tu le disais, il n’y avait pas moyen de faire autrement.

— J’aurais tout de même bien voulu lui laisser quelque chose.

Des ruines de la tour de fer fracassée sortit une petite procession funèbre. Tante Pol, Silk et Ce’Nedra portaient le corps inerte de Durnik, le forgeron. Mission marchait gravement à côté d’eux.

Garion éprouva une douleur presque insupportable. Durnik, son plus vieil ami, était mort, et dans le prodigieux bouleversement interne qui avait précédé le duel avec Torak, il n’avait pas même eu le temps de s’en attrister.

— C’était nécessaire, tu comprends ? commenta tristement Belgarath.

— Pourquoi ? Pourquoi fallait-il que Durnik meure, Grand-Père ? demanda Garion, à la torture, alors que des larmes lui emplissaient les yeux.

— Parce que, sans ça, ta tante n’aurait jamais trouvé la volonté de résister à Torak. Telle a toujours été la faille de la Prophétie : la possibilité que Pol puisse céder. Tout ce dont Torak avait besoin, c’était d’une personne qui l’aime. Ça l’aurait rendu invincible.

— Que serait-il arrivé si elle était allée vers lui ?

— Tu aurais perdu le combat. Voilà pourquoi il fallait que Durnik meure, répéta le vieil homme avec un soupir de regret. J’aurais bien voulu qu’il en soit autrement, mais c’était inévitable.

Polgara et ses compagnons posèrent doucement Durnik à terre, puis Ce’Nedra s’approcha tristement de Garion et de Belgarath, fourra, sans un mot, sa petite main dans celle du jeune homme et tous trois regardèrent sans un mot la sorcière, ses larmes taries, étendre doucement les bras de Durnik le long de son corps et le couvrir de sa cape. Puis elle s’assit par terre, prit la tête du forgeron sur ses genoux et lui caressa presque machinalement les cheveux, les épaules penchées sur lui dans une attitude douloureuse.

— Je ne peux pas supporter ça, fit Ce’Nedra en enfouissant son visage en pleurs au creux de l’épaule de Garion.

Puis la lumière apparut là où régnaient les ténèbres. Sous les yeux de Garion, un rayon bleu, étincelant, descendit des lambeaux de nuage qui filaient dans le ciel nocturne et baigna les ruines de sa clarté. Au moment où elle touchait le sol, l’immense colonne lumineuse fut rejointe par des rayons similaires, rouges, jaunes et verts, et des ombres dont Garion n’aurait su dire le nom, et ce faisceau multicolore se dressa, pareil à un soudain arc-en-ciel, derrière le corps inerte de Torak. Puis Garion distingua confusément dans chaque bande colorée une silhouette étincelante. Il reconnut Aldur et identifia sans mal les autres Dieux : Mara pleurait toujours ; Issa aux yeux morts semblait onduler, tel un serpent dressé sur sa queue, dans sa colonne de lumière vert d’eau ; Nedra avait un air rusé, Chaldan une attitude pleine de fierté et Belar, le Dieu blond, juvénile, des Aloriens, quelque chose d’insolent et d’un peu vulgaire, bien que son visage, comme celui de ses frères, fût plein de tristesse. Les Dieux étaient venus se recueillir devant la dépouille de leur frère. Mais ils étaient redescendus sur terre dans la gloire de la lumière et du son. Chacune des colonnes de lumière émettait une note particulière, et ces sons unis dans une harmonie si profonde qu’elle semblait une réponse à toutes les questions jamais posées faisaient vibrer les miasmes de Cthol Mishrak.

Puis un dernier rayon blanc, aveuglant, descendit lentement du ciel et rejoignit les autres colonnes de lumière. Au cœur de cette clarté se dressait la silhouette immaculée d’UL, l’étrange Dieu que Garion avait vu une fois à Prolgu.

Alors, entouré de son halo bleu, Aldur s’approcha du vieux Dieu des Ulgos.

— Père, dit-il tristement, notre frère, ton fils Torak, est mort.

La forme frémissante, incandescente, d’UL, le père des autres Dieux, s’avança sur le sol jonché de débris et s’inclina sur le corps inerte de Torak.

— J’ai essayé de te détourner de ce chemin, mon fils, dit-il doucement, une larme roulant sur sa joue éternelle, puis il se tourna vers Aldur. Prends le corps de ton frère, mon fils, et trouve-lui un lieu de repos plus digne d’un Dieu. Je souffre de le voir si bas sur terre.

Aldur et les autres Dieux, ses frères, soulevèrent le corps de Torak et l’allongèrent sur un gros bloc de pierre parmi les antiques ruines, puis, formant un cercle silencieux, étincelant, autour du catafalque, ils pleurèrent le trépas du Dieu des Angaraks.

Inconscient du danger, comme toujours, ne paraissant même pas se rendre compte que ces silhouettes descendues du ciel n’étaient pas humaines, Mission s’avança avec assurance vers la forme éblouissante d’UL, tendit sa petite main et tirailla le bas de sa robe avec insistance.

— Père, dit-il.

UL baissa les yeux sur le petit visage.

— Père, répéta Mission, peut-être en écho aux paroles d’Aldur qui leur avaient enfin révélé la véritable identité du Dieu des Ulgos. Père, fit pour la troisième fois l’enfant en se tournant vers la forme inerte de Durnik. Mission ! ajouta-t-il en tendant le doigt vers sa dépouille, et l’on aurait curieusement dit un ordre plus qu’une prière.

Le visage d’UL se troubla.

— Ce n’est pas possible, mon enfant, objecta-t-il.

— Père, insista le petit garçon. Mission !

UL tourna vers Garion un regard inquisiteur, profondément bouleversé.

— La requête de cet enfant n’est pas à prendre à la légère, dit-il avec gravité, en s’adressant moins à Garion qu’à son autre conscience. Je me sens une obligation envers lui. Mais ce serait franchir la frontière que l’on ne repasse jamais.

— La frontière doit demeurer intacte, répondit la voix sèche qui s’exprimait par les lèvres de Garion. Tes fils sont passionnés, Très Saint UL. L’ayant traversée une fois, ils pourraient être tentés de recommencer, et peut-être l’un de ces passages changerait-il ce qui n’a pas à être changé. Ne faisons pas jouer des ressorts qui amèneraient une nouvelle fois la Destinée à suivre des chemins divergents.

UL poussa un profond soupir.

— Et si tes fils et toi-même investissaient mon instrument de leur pouvoir afin de lui faire passer la frontière ?

A ces paroles, UL eut un mouvement de surprise.

— De la sorte, tu satisferas à ton obligation sans mettre la frontière en péril. Cela ne peut se faire autrement.

— Ainsi soit-il, puisque tu le désires, acquiesça UL.

Alors il se détourna et un regard étrange passa entre le père des Dieux et son fils aîné, Aldur.

Le Dieu au halo bleu s’arracha à la triste contemplation de son frère mort pour regarder tante Pol, toujours penchée sur le corps de Durnik.

— Console-toi, ma fille, lui dit-il. C’est pour l’humanité et pour toi qu’il s’est sacrifié.

— Piètre réconfort, Maître, répondit-elle, les yeux pleins de larmes. C’était le meilleur des hommes.

— Tous les hommes meurent un jour, ma fille, les meilleurs comme les pires. Tu l’as vu bien des fois dans ta vie.

— Oui, Maître, mais cette fois c’est différent.

— En quoi est-ce différent, bien-aimée Polgara ? insista Aldur pour une raison inconnue de tous.

Tante Pol se mordit la lèvre.

— Parce que je l’aimais, Maître, répondit-elle enfin.

Une ébauche de sourire effleura les lèvres d’Aldur.

— Est-ce si difficile à dire, ma fille ?

Elle s’inclina sans répondre sur la silhouette inerte de Durnik.

— Veux-tu que nous te rendions cet homme, ma fille ? lui demanda alors Aldur.

— C’est impossible, Maître, dit-elle en relevant vivement la tête. Je vous en prie, ne vous jouez pas ainsi de ma douleur.

— Et si c’était possible malgré tout, reprit le Dieu, voudrais-tu que nous te rendions cet homme ?

— De tout mon cœur, Maître.

— Pour quoi faire ? Dans quel but exigerais-tu la résurrection de cet homme ?

Elle se mordit à nouveau la lèvre.

— Pour en faire mon époux, Maître, balbutia-t-elle enfin, une trace de défi dans la voix.

— Etait-ce si difficile à dire, encore une fois ? Mais es-tu bien sûre que ton amour n’est pas né de tes larmes et qu’une fois ce brave homme ressuscité tu ne te détourneras pas de lui ? Tu admettras qu’il est des plus ordinaires.

— Durnik n’est pas un homme comme les autres, protesta-t-elle avec hargne. C’est le meilleur homme et le plus brave du monde.

— Je ne voulais pas lui manquer de respect, Polgara, mais il ne dispose d’aucun pouvoir. La force du Vouloir et du Verbe n’est pas avec lui.

— Est-ce si important, Maître ?

— Le mariage doit être une union équitable, ma fille. Comment ce bon, ce brave homme pourrait-il être ton époux tant que tu conserveras ton pouvoir ?

Elle leva sur lui un regard désarmé.

— Accepterais-tu, Polgara, d’y renoncer ? De devenir son égale, sans plus de pouvoir que lui ?

Elle le regarda fixement, hésita et finit par articuler ce seul mot :

— Oui.

Garion fut moins choqué par l’acquiescement de tante Pol que par la demande d’Aldur. Le pouvoir de tante Pol était au cœur même de son existence. Sans lui, elle ne serait plus rien. Que deviendrait-elle ? Comment pourrait-elle continuer à vivre ? C’était une exigence bien cruelle, or Garion avait toujours pris Aldur pour un Dieu bienveillant.

— J’accepte ton sacrifice, Polgara, reprit Aldur. Je vais m’entretenir avec mon père et mes frères. Nous nous sommes refusés à intervenir pour de bonnes et saines raisons et devons être bien d’accord avant que l’un de nous tente de violer ainsi l’ordre normal des choses.

Il retourna vers le groupe uni dans la tristesse autour de la dépouille de Torak.

— Comment a-t-il pu lui demander ça ? fit Garion à son grand-père.

Il entourait toujours Ce’Nedra d’un bras protecteur.

— Quoi donc ?

— De renoncer à son pouvoir ? Elle n’y résistera pas.

— Tu sais, elle est beaucoup plus forte que tu ne penses, lui assura Belgarath. Et le raisonnement d’Aldur est juste. Aucun mariage ne résisterait à une telle différence.

Mais une voix furieuse s’éleva parmi les Dieux de lumière.

— Non !

C’était Mara, le Dieu en larme des Marags à jamais disparus.

— Pourquoi cet homme devrait-il renaître quand le froid de la mort étreint toujours mes enfants ? Aldur a-t-il entendu mes lamentations ? Est-il venu à mon aide quand mes enfants sont morts ? Je n’accepterai pas.

— Je ne m’attendais pas à celle-là, marmonna Belgarath. Je crois que je ferais mieux d’intervenir avant que ça tourne mal.

Il traversa le sol jonché de débris et s’inclina devant les Dieux assemblés.

— Pardonnez mon intrusion, commença-t-il respectueusement, mais le frère de mon Maître accepterait-il une Marague en échange de son appui à la résurrection de Durnik ?

Les larmes inépuisables de Mara se tarirent soudain et son visage exprima une profonde incrédulité.

— Une Marague ? releva-t-il sèchement. Il n’en existe plus. Je le sentirais dans mon cœur si un seul de mes enfants avait survécu à Maragor.

— Certainement, ô Mara, acquiesça vivement Belgarath. Mais ceux qui ont été réduits en esclavage, loin de Maragor ?

— Connaîtrais-tu une telle femme, Belgarath ? questionna Mara avec l’avidité du désespoir.

Le vieux sorcier hocha la tête.

— Nous l’avons, ô Mara, découverte dans les quartiers des esclaves, sous Rak Cthol. Elle s’appelle Taïba. Elle est seule de sa race, mais d’une telle femme pourrait resurgir une race, surtout sous la protection d’un Dieu aimant.

— Où est Taïba, ma fille ?

— Aux bons soins de Relg, l’Ulgo. Ils semblent très attachés l’un à l’autre, ajouta platement Belgarath.

— Même sous l’égide du plus aimant des Dieux, un seul individu ne saurait donner le jour à une race, reprit Mara, l’air pensif. Accepteriez-vous, Père, de me confier cet Ulgo, qu’il devienne le père de mon peuple ? implora-t-il en se tournant vers UL.

— Tu sais que Relg a une autre tâche à accomplir, objecta UL en braquant sur Belgarath un regard pénétrant.

— Je suis persuadé, Très Saint, que nous parviendrons, le Gorim et moi, à régler tous les problèmes, déclara Belgarath avec une formidable assurance et un petit sourire assez diabolique.

— Vous êtes sûr de ne rien oublier, Belgarath ? intervint prudemment Silk, comme s’il ne voulait pas se mêler de ce qui ne le regardait pas. Relg a tout de même un petit problème, vous vous souvenez ?

« Je pensais qu’il valait mieux vous le rappeler, juste au cas où, ajouta innocemment Silk comme le sorcier le flétrissait du regard.

— De quoi s’agit-il ? s’enquit Mara en braquant sur eux ses yeux implacables.

— Un point de détail, ô Mara, répondit très vite Belgarath. Un petit problème que Taïba surmontera aisément, j’en suis sûr. Je lui fais totalement confiance pour ça.

— Je connaîtrai le fin mot de cette affaire, décréta ferme ment le Dieu.

Belgarath jeta à Silk un regard féroce.

— Relg est un fanatique, ô Mara, commença Belgarath avec un gros soupir. Pour des raisons religieuses, il évite... euh, certaines formes de contact humain, disons.

— La paternité est inscrite dans son destin, commenta UL. De lui naîtra un enfant spécial. Je lui expliquerai la situation. C’est un serviteur obéissant : il surmontera son aversion par amour pour moi.

— Alors, Père, vous voulez bien me le donner ? supplia avidement Mara.

— Il est à toi, à une condition, dont nous parlerons plus tard.

— Occupons-nous donc de ce brave Sendarien, s’exclama Mara, et il n’y avait plus trace dans sa voix des larmes anciennes.

— Belgarion, fit la voix intérieure de Garion.

— Oui ?

— La résurrection de ton ami repose entre tes mains, à présent.

— Moi ? Pourquoi moi ?

— Tu ne pourrais pas dire autre chose, pour changer ? Tu veux que Durnik revienne à la vie, oui ou non ?

— Bien sûr que oui, mais je n’y arriverai jamais. Je ne saurais même pas par où commencer.

— Tu l’as déjà fait. Rappelle-toi le poulain dans la grotte des Dieux.

Garion avait presque oublié cet épisode.

— Tu es mon instrument, Belgarion. Je peux t’empêcher de faire des bêtises. Enfin, la plupart du temps. Détends-toi et tout ira bien. Je vais te montrer ce qu’il faut faire.

Garion avança mécaniquement. Le bras qu’il avait passé autour des épaules de Ce’Nedra retomba et il se dirigea lentement, l’épée à la main, vers tante Pol et Durnik. Elle était toujours assise par terre, la tête du mort sur les genoux. Il la regarda une fois dans les yeux et s’agenouilla près d’eux.

— Pour moi, Garion, murmura-t-elle.

— Si je peux, tante Pol, répondit-il.

Puis il posa l’épée du roi de Riva à terre et, sans trop savoir pourquoi, prit l’Orbe enchâssée sur le pommeau. Elle se détacha toute seule, avec un petit déclic. Mission s’accroupit en souriant de l’autre côté de Durnik et prit sa main glacée dans la sienne. Garion posa l’Orbe sur la poitrine de son ami mort. Il se rendit à peine compte que les Dieux s’étaient approchés d’eux et tendaient leurs bras, les paumes les unes contre les autres, pour former un cercle ininterrompu. A l’intérieur de ce cercle, une vive lueur commença à palpiter, et l’Orbe se mit à vaciller entre ses mains, comme en réponse.

Il revit le mur aveugle qu’il avait déjà vu. Il était toujours aussi noir, impénétrable et silencieux. Comme l’autre fois, dans la grotte des Dieux, Garion tenta d’ébranler la substance même de la mort, luttant pour atteindre son ami et le ramener dans le monde des vivants.

Mais cette fois c’était différent. Le poulain qu’il avait ramené à la vie dans la grotte n’avait jamais vécu que dans le ventre de sa mère. Sa mort avait été aussi ténue que sa vie ; elle n’était pas loin derrière la barrière. Durnik était un homme adulte et son trépas était comme son existence, beaucoup plus profond. Garion banda toutes ses forces. La volonté inconcevable des Dieux s’était jointe à la sienne dans ce combat silencieux, mais la barrière ne voulait pas céder.

— L’Orbe ! ordonna sa voix intérieure. Utilise l’Orbe !

Cette fois, Garion concentra tout son pouvoir et celui des Dieux sur la pierre ronde qu’il tenait entre ses mains. Elle clignota, brilla d’une vive lueur et vacilla à nouveau.

— Aide-moi ! s’écria silencieusement Garion.

Comme si elle avait compris, l’Orbe éclata tout à coup en une éruption scintillante de lumière colorée. La barrière commençait à fléchir.

Avec un petit sourire encourageant, Mission tendit la main et la posa sur l’Orbe étincelante.

La barrière se rompit. La poitrine de Durnik se souleva et il toussa une fois.

Les Dieux reculèrent d’un pas, leur visage éternel arborant une expression de profond respect. Tante Pol poussa un cri de soulagement, referma ses bras sur Durnik et le serra contre elle.

— Mission ! s’exclama l’enfant en regardant Garion avec une étrange satisfaction.

Garion se releva péniblement, vidé par le combat, et s’éloigna en chancelant.

— Ça va ? lui demanda Ce’Nedra en coulant sa tête sous son bras.

Il acquiesça d’un hochement de tête, mais ses genoux manquèrent le trahir.

— Appuie-toi sur moi, suggéra-t-elle, et elle posa fermement la main sur ses lèvres pour l’empêcher de protester. Ne discute pas, Garion. Tu sais que je t’aime et que je serai près de toi jusqu’à la fin de tes jours, alors tu ferais aussi bien de t’habituer à cette idée...

— J’imagine que ma vie va beaucoup changer, Maître, disait Belgarath. Pol était toujours là, prête à venir quand je l’appelais, pas forcément de bon gré, mais enfin, elle venait. Elle va avoir d’autres préoccupations, maintenant. Enfin, conclut-il avec un soupir, c’est la vie : les enfants grandissent et finissent par se marier...

— Cette attitude ne te ressemble guère, mon fils, nota Aldur.

— Ah, Maître, je n’ai jamais rien pu vous cacher, avoua Belgarath avec un grand sourire avant de reprendre sa gravité. Je considérais presque Polgara comme mon fils ; il serait peut-être temps que je la laisse être une femme. Je l’en ai trop longtemps empêchée.

— Ainsi soit-il, mon fils, dit Aldur. Mais je te demande à présent de t’écarter un peu et de nous permettre de nous abandonner un instant à notre chagrin. J’ai encore quelque chose à te demander, Belgarion, ajouta-t-il après un coup d’œil au corps de Torak sur son catafalque improvisé. Prends l’Orbe et pose-la sur la poitrine de mon frère.

— Oui, Maître, répondit aussitôt Garion.

Il ôta son bras des épaules de Ce’Nedra et s’avança vers le Dieu mort en évitant de regarder le visage calciné, hideux. Il se pencha sur la poitrine inerte de Kal Torak, posa la pierre ronde et bleue dessus et fit un pas en arrière. Sa petite princesse s’insinua à nouveau sous son bras et le prit par la taille. Ce n’était pas désagréable, mais une pensée irrationnelle lui traversa l’esprit : ça allait faire bizarre si elle le collait tout le temps comme ça jusqu’à la fin de leurs jours.

Les Dieux formèrent le cercle à nouveau et l’Orbe se remit à luire. Le faciès défiguré commença à changer et sa mutilation s’estompa lentement. La lumière qui environnait les Dieux et le catafalque devint plus forte, et l’Orbe s’embrasa. De Torak, Garion devait garder l’image d’un visage calme, tranquille et intact. Un beau visage, mais un visage mort tout de même.

La lumière fut bientôt si vive que Garion détourna les yeux. Quand elle s’estompa, les Dieux et le corps de Torak avaient disparu. Seule restait l’Orbe qui palpitait doucement sur la roche.

Mission s’approcha du catafalque avec son assurance coutumière, tendit le bras au-dessus, récupéra l’Orbe et l’apporta à Garion.

— Mission, Belgarion, décréta-t-il fermement en lui rendant l’Orbe, et au moment où il lui remit la pierre palpitante de vie, Garion sentit dans le frôlement de leurs mains que quelque chose avait profondément changé.

Encore rapproché par les événements, le petit groupe se rassembla silencieusement autour de tante Pol et Durnik. Le ciel commençait à s’éclaircir vers l’est, et l’aurore poudrait de rose les derniers lambeaux du nuage qui dissimulait naguère Cthol Mishrak. Les événements de cette terrible nuit avaient été titanesques, mais la nuit prenait fin. Et c’est ainsi qu’ils regardèrent se lever le jour, sans un mot, debout les uns près des autres.

La tempête qui avait fait rage toute la nuit s’était apaisée. L’univers divisé depuis des siècles et des siècles était à nouveau réconcilié avec lui-même. S’il existait des recommencements, c’en était un. Et c’est ainsi que le soleil se leva, à travers les nuages déchiquetés, sur le matin du premier jour.

La Fin de Partie de l'Enchanteur
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